Le clafoutis aux cerises : mémoire d’un merle grimpeur hors pair en Limousin
Author: Jean-François Post Date: juin 9 2011La Madeleine de Proust
Souvenez vous, c’est en juin ou en juillet ? Un jour ou le soleil est à son Zenith un peu avant, un peu après la fête de la Musique, vous crapahutez dans les vieux cerisiers du Père Jacquot, la langue rouge, des boucles de cerises sur les oreilles et la bouche pleine à cracher des noyaux comme les moineaux en sifflant l’air du merle moqueur.
Loulou un grimpeur hors pairs pour récupérer les précieuses cerises rouges au plus haut des arbres. Jojo a encore battu tout le monde au concours de soufflé buccal de cerises et Lali s’est fait mordre l’oreille… Faut dire qu’elle était toute craquante avec ses cerises sur l’oreille.
La récolte fut bonne, on rentre avec 3 paniers dans l’après midi. On en laisse un au père Jacquot, il refait ses gammes de troisième tuba de l’harmonie sainte Cécile.
On repart vers le village sur nos vélos, les paniers bien accrochés sur le port bagage, il ne s’agit pas cette fois de descendre la dernière cote à « toute berzingue » et de perdre la précieuse cargaison. On rentre dans la cuisine, les bras chargés de paniers remplis de fruits rouges gros comme des perles fraiches et légèrement acidulées comme des premiers baisers.
Les ingrédients du solstice d’Eté
ET LA ! les grandes manœuvres commencent, on se lance dans la grande recette du solstice d’ETE : le clafoutis aux cerises.
Des œufs frais : Parce que les poules pondent tout ce qu’elles peuvent pendant ses journées du jour le plus long.
Du lait et/ou de la crème Parce que les vaches du voisin dans le gâtinais se soulent d’herbes fraiches à cette période de l’année.
Du sucre, parce que toute façon tu en as toujours à la maison avec ou sans solstice.
Des cerises : des bigarreaux comme on dit au pays, rouges bien foncées cerises sucrées et mûres. Les basques ont la chance d’avoir des cerises noires. Le plus difficile sera toujours de les ramasser avec les merles.
Le débat : avec ou sans les noyaux
Alors, on va tout de suite lever la question manichéenne qui sépare le monde en 2 catégories aussi fondamentalement opposé que des colleurs d’affiches du NPA et de l’UMP. A savoir les Avec-les-noyaux les Sans-les-noyaux.
D’un côté, les tout sécuritaire ceux qui ne craignent d’avaler un noyau grand comme une perle. Avec de-ci de-là des commentaires policés sur la décence du savoir-bien-manger et la politesse de préserver une assiette bien propre.
De l’autre, les cracheurs , les potaches invétérés qui aiment collectionner leurs noyaux tel le trésor d’Ali baba pour vous refaire dans l’assiette un France Brésil à 3-0 en tapant dans leur noyaux comme on claque des doigts pour pousser des billes. Ca se termine toujours en bataille de noyaux et/ou en paires de claques.
L’origine du petit gout d’amande en Limousin
Le problème, c’est que lorsqu’ils grandissent, les avec-les-noyaux gardent la même verve, Ils vous soutiennent mordicus que le noyau amène un gout subtil d’amande. Quand ils viennent de Corrèze, on a bien du mal à leur tenir tête à ses fans du flan. Ils vous affirment mordicus que le VRAI clafoutis vient du Limousin… Et ils vous achèvent là et surtout repus dans leur patois occitan « clafotis clavo figere » qui veut dire « le flan rempli de clous ». Enfin, le cout de grâce est tiré par le petit Robert, Alain Rey est même d’accord avec eux sur l’origine du mot en occitan. On ne va pas en faire tout un plat… du moment qu’il y en a plus… du clafoutis, tu te prépares maintenant à clore le débat autour du digestif les cerises à l’eau de vie...
Le petit goût d’amande, certaines recettes de clafoutis le cultivent à l’extrême. On y ajoute de la poudre ou de l’extrait d’amande et même dans le Limousin où l’on produisait aussi des amandes à l’époque de la voiture à bras des hommes à moustache en casquette (20’/30’ du siècle dernier avant Yan Arthus Bertrand) .
Et les autres clafoutis….seraient tous des flognardes…ou des quiches
Les semaines suivantes, on passe chez la tante Adèle en Meuse et là on excelle encore dans la grimpette tout autant pour ramasser des mirabelles dans les pruniers pour se faire cette fois des clafoutis aux mirabelles, des clafoutis aux abricots ou des clafoutis aux raisins muscat, en Provence chez Nanon. Chez Mamie Hélène, on engloutira des clafoutis aux pommes en Automne.
Pour les Limousins, tous ses clafoutis aux fruits, tant qu’ils ne sont pas cloutés de cerises, ne méritent pas mieux que le nom de flognardes ! Si c’est pour tirer au flan autant le faire franchement !
En 11 au siècle de Yann Arthus Bertrand, certains voient des clafoutis partout dès que le lait, les œufs, les fruits ou les légumes se mélangent. On ne voit pas les cerisiers limousins à l’époque des voitures à mazout et des hommes sans moustaches qui filent sur l’autoroute sans s’arrêter à Limoges. On est pourtant sûr de manger des clafoutis aux tomates cerises dans bien des familles. Les limousins tirent alors une tête de flan parisien pour ce qu’ils apprécient comme une quiche… une dénomination qui obligerait ma grand mère Adèle à se lever de table pour vous tirer les oreilles !
